2020-09-01

Une réaction à la tribune "Pour en finir avec le féminisme" de Fawsi Mellah au journal 24 Heures du 24 août 2020.

La presse est en crise, mais il y a un genre d’article qui fleurit dans les feuilletons. Il est pratiqué par des hommes d’un certain âge, qui ont comme métier essayiste et qui se présentent comme «libre penseur, sortant des idées toutes faites». Et pourtant, ils nous racontent toujours la même histoire : «On ne peut plus rien dire.»

Les ingrédients sont souvent les mêmes : d’abord ils s’insurgent contre les revendications «tyranniques» de ces féministes pas contentes avec les acquis de leurs mères. Puis ils ajoutent une note esthétique : ces féministes sont trop jolies ou pas jolies du tout, «bloquées par des fantasmes» ou «mal inspirées». Finalement, le signe de reconnaissance entre les vrais libres penseurs : une salve contre le langage épicène qui empoisonnerait notre français avec son orthographe si unique.

Ces discussions-là, je les ai eu entendues quand j’avais 20 ans, dans les années 1980. Comment se fait-il qu’on ait fait si peu de progrès en une génération ? Il y a eu, certes, des améliorations dans le domaine de l’égalité. Toujours est-il que le pouvoir reste une chasse gardée des hommes, défendu dans un canton alpin même avec des mains baladeuses.

Et comme le pouvoir, l’espace public est un théâtre de combat pour les femmes: étant homme blanc, je me sens à l’aise dans la rue. Je ne me fais pas observer, commenter, siffler par mon entourage; je ne dois pas craindre d’être insulté, agressé, humilié. J’ai une liberté de mouvement et je pense que tout le monde devrait avoir cette liberté.

Tant que tout ce qui précède n’est pas acquis, il faudra des féministes, jeunes, vieilles, radicales et pragmatiques, qui manifestent et des hommes qui les soutiennent.